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Autant l’avouer tout de suite: j’ai voulu abandonner dès le premier jour, au 8ème km, lorsque je me suis étalée de tout mon long sur les caillasses, mon sac de 6,5 kilos lesté de 1,5 kilo dans les gourdes. A ce moment-là, je me suis vraiment demandé ce que je faisais ici. 48 degrés au soleil, l’impression d’être une tortue essayant de courir avec sa maison sur le dos dans une rotissoire géante.

Après avoir pleurniché et m’être fait soigner au CP1, je me suis dit que quand même, il fallait au moins finir la première étape.

CP2, je m’arrête à nouveau, pour me faire strapper le genou cette fois-ci. Les appuis sur le sable sont instables et mon problème récurent ne se fait pas attendre. Et bien, on n’est pas prêt d’arriver au bivouac si je continue à ce rythme. Bienvenue au Marathon des Sables…

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Si je dois ne terminer qu’une seule étape, autant s’appliquer, ce que je fais donc, et quand enfin j’aperçois le bivouac, un sentiment de délivrance m’envahit! Chouette, je suis arrivée!! Tu parles…la théière géante placée à côté de la ligne d’arrivée me nargue et j’ai l’impression qu’elle recule au fur et à mesure que je tente de m’approcher. Punaise, ça n’en finit jamais? Voilà à quoi ressemble ma première expérience de routière au MDS.

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Le traditionnel taboulé lyophilisé que je me prépare quand je suis enfin sous ma tente ( j’ai écouté les conseils de mon copain Abdelkrim Mosta: un taboulé à l’arrivée) est vraiment réconfortant. Je découvre que mes colocs en ont bavé aussi, mais aucun ne parle d’abandon biensur. Ok, je vais faire un effort dans ce cas. Je décide alors d’abandonner après l’étape 2 :-)

Le soir tombé, distribution des mails d'encouragement dans les tentes. Je réalise que plein de gens me suivent, m'envoient de superbes messages et croient en moi. Mince, je ne peux pas les décevoir, il va falloir aller au bout!

Etape 2: je commence à m’acclimater au terrain, à la chaleur (52° au soleil ce jour-là..), et je prends mes marques. Incapable de courir dans le sable (il va falloir que j’apprenne un jour), je marche d’un bon pas (6,5 km/h) en me faisant dépasser ( un peu la mort dans l’âme au début, mais j’ai fini par m’y habituer) par des extra-terrestres qui continuent à trottiner comme si de rien n’était. Dès que le terrain redevient roulant, je chausse mes bottes de 7 lieues et redépasse tout ce petit monde, non mais!
C’est assez amusant d’ailleur, on finit par se connaître, ce sont toujours les mêmes qui me dépassent ou que je dépasse, les mêmes avec lesquels on se retrouve à courir sur quelques km, ou que l’on croise aux CP. On s’encourage, on papote en courant..

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Etape 3: je me sens plus à l’aise. Il faut dire que le sac s’allège chaque jour, et mon corps s’est habitué à la chaleur. Je termine sans souffrance mais la trouille au ventre pour l’étape longue du lendemain: 81 km. La seule fois où j’ai couru une étape « longue », c’était 57 km après une bonne nuit dans un lit douillet. Demain, c’est 81, avec 110 km dans les pattes et des nuits plus que sommaires d’un point de vue confort.

Départ de l’étape de 81 km: j’ai la trouille! Les 50 premiers au classement général et les 5 premières femmes partent 3 heures après nous. Ils sont là pour nous encourager au départ, c’est très sympa. Dès les premiers km, petit moment de flottement dans les dunes. Un premier groupe est parti bille en tête tout droit. Ceux qui suivent le roadbook ont sorti leur boussole et prennent une direction bien plus à gauche. Dilemne! Je décide de faire confiance à la science et suis le groupe des boussoles, autant rester avec ceux qui savent s’en servir. Bonne pioche. On retrouve rapidement le Djebel à escalader; ça grimpe fort et j’ai une pensée pour le groupe de pompiers qui passera par là tout à l’heure avec la joëlette. Cela va être vraiment dur pour eux. Arrivés en haut, surprise, une descente de malade dans le sable nous attend. C’est plutôt marrant et tout le monde se lâche. ça rigole, ça chahute.

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Les CP se suivent et je me dis que ça va le faire même si cela ne sera pas facile. Les meilleurs coureurs (ceux qui sont partis 3 heures après nous) commencent à nous dépasser les uns après les autres. Très sympa de les voir passer, de les encourager, et puis ça fait passer le temps qui commence à être long…
Mon copain Christophe le Saux arrive en gambadant alors que je marche depuis un bon moment dans ces fichues dunes! C’est sur, c’est un extra-terrestre, j’en ai la preuve maintenant!! Il s’arrête à ma hauteur, je l’aide à ranger casquette et lunettes dans son sac. La nuit va bientôt tomber. Il repart comme il est arrivé, aérien sur le sable.
Ce qui n’est pas mon cas! Malgré tout, les km défilent. Je cours dès que je peux. Dernier CP. Karim m’a dit qu’il prenait un taboulé au CP5, je fais pareil. Pour ne pas perdre de temps, je le prépare au CP et le garde à la main dans son ziplock en courant, en attendant qu’il gonfle. Je le mange en marchant, ça passe moyen…
Il fait nuit, je suis les petits bâtons lumineux que les coureurs ont accroché à leurs sacs. Des petits groupes se forment. C’est rassurant et j’avoue que je profite de l’éclairage de certains coureurs qui sont super équipés! Pour gagner quelques grammes, j’ai choisi une frontale très légère mais qui s’avère pas très efficace (on l’avait dit! toujours tester son matériel AVANT!!). Je m’arrange pour rester avec des coureurs mieux équipés que moi et me cale à leur rythme.

On aperçoit enfin les lumières du bivouac. Les derniers km défilent? Pas le temps d’avoir d’état d’âme, il faut regarder où on met les pieds pour éviter de tomber. Tout le monde veut en finir.
Le gars qui court à mes côtés m’encourage: « Allez, c’est terminé! On ne marche plus maintenant, on va jusqu’au bout en courant »
Yes! je termine en 12h15.
Demain, jour de repos…

Arrivée au bivouac vers 21h, donc, le jour du 81 km. Dans ma tente, Benoit Morel est déjà là, les autres non. On discute, on debriefe, la joie d’avoir bouclé l’étape est plus forte que la fatigue, et c’est à coup de 2 somnifères que je plonge avec délice dans un sommeil ma foi bien mérité.
Les autres arrivent au fur et à mesure dans la nuit sans que je ne m’en aperçoive. Au réveil je compte les têtes qui émergent des duvets, c’est bon tout le monde est là!
Par contre, ce n’est pas la forme olympique. Le temps est maussade, il fait froid, personne ne bouge…
Je décide de m’offrir un shampoing pour fêter l’étape longue, tant pis, je sacrifie une bouteille d’eau entière…
Premier shampoing: ça ne mousse pas du tout et l’eau est marron!! 2ème: ça commence à mousser mais de toute manière c’est mon dernier échantillon et je n’ai presque plus d’eau. Le but étant de ne virer au bobtail, pour le reste, on verra plus tard…
Direction les soins pour mes ampoules. A mon avis ça va chauffer aujourd’hui à la clinique alors autant prendre les devants et éviter 1 heure d’attente.
Les infirmièr(e)s et médecins sont super sympa, ils ont toujours un mot gentil pour nous, ce n’est pas facile pour eux non plus. Aujourd’hui, c’est eux qui vont vivre leur « étape longue » !!
Retour à la tente: ça ronfle à mort. Je me recouche et me rendors jusqu’à midi….
Les participants continuent d’arriver, certains ont marché toute la nuit, d’autres se sont arrêtés sur un CP pour dormir un peu avant de reprendre leur route…les visages sont marqués, les traits tirés, les démarches plus qu’improbables…
Le vent souffle très fort, le sable est partout et je plains ceux qui sont encore entrain d’en baver sur le parcours.
Un orage éclate, il pleut, il grêle même…une vague impression de fin du monde au bout du monde..
Toutes les bonnes choses ayant une fin, le soleil finit par réapparaître, de même que les participants qui sortent les uns après les autres de leur tente pour faire sécher leur affaires, secouer le tapis de la tente, balayer le sol, c’est jour de grand ménage!!
Demain, étape « marathon » de 42,2 km…à 19h30 tout le monde dort! Je ne me suis jamais couchée aussi tôt de ma vie que durant le MDS!!
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Etape marathon: le sac est nettement plus léger, et, le jour de repos aidant également, ça part vite. Je me sens plutôt en forme et essaie de ne pas marcher du tout, même dans le sable ou les montées, et de courir aussi vite que possible quand c’est roulant. Apparemment tout le monde a décidé d’y aller à fond aujourd’hui. Je vois passer des fusées qui galopent comme des lapins…

Arrivée au bivouac. Le plus dur est derrière moi, demain c’est la dernière étape de 15 km (dans les dunes « cathédrale », les plus hautes du Maroc…hum hum, pas mon terrain de jeu préféré mais on verra bien).
L’ambiance sur le bivouac est festive. Des sponsors sont là, certaines familles sont venues retrouver leurs coureurs, c’est émouvant. Le concert de musique classique se prépare, tout le monde a le sourire et les souffrances semblent être complètement oubliées.
C’est un peu « la cour des miracles » sur le bivouac. Les déplacements de certains sont assez loufoques et même s’ils ont du en baver et vont encore souffrir demain, sur le moment ce défilé de pingouins est plutôt drôle.
L’arrivée du groupe des pompiers avec les joëlette et les enfants est un moment d’une rare émotion. J’en ai encore la chair de poule. Quel exemple de courage et de solidarité!
Je suis fatiguée et bizarrement, le moral pas au top. Pas envie d’aller au concert, et c’est donc dans mon duvet que j’ai été bercée par les musiciens et la cantatrice de l’Opéra de Paris…
Dernier jour: le sac ne pèse plus rien! C’est allègrement qu’on jette chaussettes, « serviette » de toilette (de la taille d’un mouchoir, je précise), et autres spécimens irrécupérables.

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C’est parti pour la dernière étape. 6,5 km de plat avant d’aborder 9 km de dunes. Je pars à fond sur le plat car je suis toujours aussi mauvaise dans les dunes et je sais que je vais y passer du temps..
J’arrive au CP1 en 30 minutes, assez contente du chrono.

Arrivent les dunes. J’essaie tant bien que mal de courir comme les autres, pfff je n’y arrive pas, tant pis! Comme prévu, je vois passer du monde, mais cela ne m’affecte pas. C’est la dernière étape, j’approche du but, et je veux me faire plaisir avant tout. Incroyable, j’arrive presque à apprécier ces montagnes russes de sable dans lesquelles je galère, rien à voir avec les premières étapes.
Anecdote assez drôle, apparemment un coureur a décidé de finir pieds nus, une paire de chaussures et des guêtres ont été abandonnées dans le sable!
L’arrivée est proche, les familles et amis qui ont fait le déplacement sont sur le dernier km dans les dunes et nous encouragent. « Allez Emmanuelle, c’est la fin! ». Je me mets à pleurer à chaudes larmes tout en « courant » tant bien que mal.

Oui, c'est fini, je l'ai fait, et ça, c'est la plus belle des performances, quelle que soit la place au classement: se battre contre soi-même, ses doutes et ses craintes, ses douleurs..
Que le mental vous porte là où votre corps ne pense pas pouvoir aller ! a écrit Mitch avant la course, c'est exactement cela!!

La ligne d’arrivée est là, je « vole » sous les encouragements du public ( enfin, j’ai l’impression de voler car je dois avoir une « foulée » bien lourdaude..)
Voilà, c’est fini. Pas le temps de savourer ni d’attendre les suivants. Il faut rendre son transpondeur, faire la queue pour sa médaille, prendre son numéro de bus et son « sachet repas ». Dommage pour ce finish trop industrialisé. Le MDS victime de son succès…
Heureusement je retrouve mes potes à l’arrivée, on se félicite, on s’embrasse, on prend qq photos.
Pam Alyne, toujours aussi drôle et pétillante, Christophe le Saux qui donne l’impression d’avoir terminé son footing du dimanche, Sylvain Bazin, en pleine forme pour ce dernier jour, Abdelkrim Mosta qui termine son 24ème MDS avec panache, Christian Ginter son 25ème…
J’ai dit le premier jour, au km 8 que je voulais abandonner. J’ai ensuite répété que je ne reviendrai JAMAIS au MDS. Aujourd’hui, je pense y retourner un jour, une fois, peut-être…

Je termine 9ème féminine et 101ème au scratch.

Crédits Photo Marc d’Haenen

  • Sandrunning jan 22, 2013 Répondre

    Je suis toujours impressionnée de te lire. Ce que tu fais et vis en course à pied est extraordinaire et me donne vraiment envie de tenter cette incroyable aventure un jour. Que de souvenirs, que de moments forts tu dois garder en mémoire !!
    Bravo Emmanuelle !

    • emma422 jan 25, 2013 Répondre

      Merci Sandrine! Marathon des Sables 2014 en projet, tu viens?

  • […] en tout genre à prendre « au cas ou ». Image réalisée sans trucage!! (au Marathon des Sables, j’avais presque autant de médicaments pour le ventre que de lyophilisés!!) JUSQU’AU […]

  • Janfi16 oct 16, 2013 Répondre

    Des amis du spiridon 16 l ont fait la même année que vous. Que d émotions racontées j espère le fairecun jour peut être. Ravi d avoir lu de beaux souvenirs et très bien écrit je dois l avouer. Sur notre site du spiridon vous nos gazettes avec nos équipes du mds des autres années. Bravo à vous et vive le sport!!! Janfi.

    • emma422 oct 16, 2013 Répondre

      Merci!! Une bien belle aventure humaine que j’aime aussi relire de temps à autre pour me remémorer cette semaine…

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